Laboratorio internacional por el habitat popular

INTERVENTION AU 7ème FORUM URBAIN MONDIAL A MEDELLIN

7ème FORUM URBAIN MONDIAL
MEDELLIN – COLOMBIE / 5-11 AVRIL 2014
NETWORKING EVENT N°82

Ministère de la Culture et de la Communication
« Renforcer la bonne gouvernance pour revitaliser durablement les villes historiques »

Intervention de Jean François Parent 9&10 Avril 2014

Partant de la proposition du Ministère de la Culture et de la Communication pour participer à cet événement intitulé « Renforcer la bonne gouvernance pour revitaliser durablement les villes historiques », nous nous sommes interrogés (au LIHP) sur la façon de relater notre expérience en Amérique Latine (expérience toujours mise ne perspectives avec d’autres en particulier en France : ce que nous appelons élaboration d’un dialogue transatlantique) et le sens que cela aurait de présenter aussi brièvement certains travaux menés sur ce continent.

Il nous a semblé plus pertinent, d’esquisser et de vous exposer de façon plus générale (globale) notre point de vue sur la question élaboré à partir d’expériences (d’actions du LIHP) sur lesquelles nous pourrons revenir lors du débat.

Mon propos d’aujourd’hui est donc basé, structuré à partir de réflexions analyses, … issues des recherches, travaux et actions menés sur trois chantiers (territoires d’actions) sud américains et un en France.

La présentation des chantiers, bases des réflexions proposées ici

La Colombie, Bogota, Usme
Développement urbain urgent dans un contexte marqué par :
- Rapports des hommes avec l’histoire du continent Sud Américain
- Cultures traditionnelles vivantes
- Environnement naturel important et fragile

Le Venezuela, Caracas, la GMVV
L’oeuvre de Carlos Raúl Villanueva dans une problématique marquée par le dépassement Quantité/Qualité et la recherche d’une modernité contextualité.

Le Mexique, Zumpango
Une ville nouvelle idéale (pour qui ?) réalisée en périphérie de Mexico : ZUMPANGO.
Ces expériences, ont permis de préciser deux notions qui semblent à priori éloignées: celle d’un idéal réalisé (qui ni toute perspective d’avenir) et celle du rapport ambigu entretenu entre l’idée de patrimoine et celle de propriété (privé).
Il faut souligner aussi ici que les catégories utilisées (patrimoine, hypothèques, lègue …) sont implicitement des catégories juridiques qui indiquent un droit de propriété sur lequel nous devrions veiller pour garantir notre succession (au sens juridique du terme). Cela amène à s’interroger sur le sens de toutes ces notions qui peuvent servir, à l’évidence, à préserver un certain ordre politique et social.

Une remarque importante
Ces études et recherches ont été engagées dans le cadre général d’évolutions urbaines urgentes ; les questions de patrimoine et de la ville historique ont été posées dans ce cadre
A : pour traiter ce problème jugé important
B : comme source de réflexions pour traiter la question générale sur le plan de l’habitat populaire de qualité et émancipateur.
De ces trois recherches, nous avons dégagé 3 champs de réflexions concernant ce qui nous occupe aujourd’hui :

Les champs de réflexions envisagés
La notion de patrimoine
La notion de ville historique
La question de la gouvernance

LA QUESTION DU PATRIMOINE

Souvent, la question du patrimoine pose un problème qui n’en est pas un, mais qui risque d’en éluder un qui a son importance pour l’urbanisme et l’architecture.
C’est ce que je voudrais essayer de formuler ici. Pour cela, je crois qu’il faut s’efforcer de penser autrement le rapport de l’urbanisme de l’architecture avec le temps présent, passé et à venir.
Il n’y a pas, il ne devrait pas y avoir, d’opposition (même si on pense qu’elle n’est pas insurmontable) entre innovation et préservation du patrimoine (celui-ci n’ayant jamais été d’abord qu’un présent dépassé, ou un présent au passé). Ce clivage est le produit d’une façon d’envisager théoriquement la relation entre nouveauté et conservation d’un passé socialisé. Dans la pratique à envisager pratiquement cette relation différée et différente, le problème ne se pose pas, il est toujours résolu avant même d’avoir été pensé et posé.

Et si le problème se pose aux « constructeurs » (architectes, urbanistes, …), les solutions à y apporter se trouveront par l’inscription des productions dans le processus à la fois social, politique et culturel qu’elles devront (qu’elles ont toujours) mobiliser (elles gagneront en légitimité alors)

Ces solutions, les hommes, se les sont toujours données, mais dans l’urgence et grâce à leur ingéniosité, oubliant cette vénération du passé (vénération que l’ont peut cultiver seulement lorsque l’on est assez éloigné des problèmes matériels et vitaux) sans pour autant le contredire, mais en l’intégrant, par la force des choses, à leur réalité présente.

En somme, et pour simplifier, on pourrait dire que l’architecture devrait s’assigner comme tâche (mais pas comme unique tâche) de penser ce que les hommes ont toujours fait sans y penser pour s’adapter et survivre.

Le passé, on le voit bien ne devrait pas (sinon théoriquement et à condition d’être dans le luxe pour être assez détaché des problèmes pratiques) hypothéquer la liberté d’inventer l’avenir en transformant le présent.

LA QUESTION DE LA VILLE HISTORIQUE
Si l’on observe le phénomène urbanisation mondialisé (et le continent Sud Américain est un bon observatoire !!!), son accélération et sa soumission à des valeurs nouvelles, on constate que se superposent deux conceptions du développement urbain sont observables.

D’une part, la ville historique, celle que nous connaissons majoritairement et qui a été construite par ceux qui l’ont habitée, une ville qui a évolué et continue d’évoluer, une ville toujours en construction et qui témoigne spatialement de rapports sociaux eux aussi en mouvement.

La ville comme le lieu où les hommes construisent le monde, leur monde. La ville est le lieu d’un avenir collectif. Ville aliénante, ville répressive, ville révolutionnaire, ville émancipatrice, toujours en construction. Elle se nomme Monténégro, Brasilia, Paris, Colleta di Castelbianco, Niamey, Rangpur

Et d’autre part, une ville contemporaine, technicisée, dite complexe, coeur de réseaux mondialisés et d’échanges matériels et immatériels, connectée au monde, devenue elle-même réseau et flux.

Une ville « moderne » parfaite, pensée pour répondre aux représentations et aux besoins de la globalisation. Produit de la globalisation, elle tend naturellement à dominer la pensée urbaine « mondialisée » structurée par les notions de mobilité, de mouvement, de flux, de réseaux, dont Dubaï est l’archétype qui pèse aujourd’hui sur les représentations de beaucoup.

Dubaï comme archétype. Un Idéal réalisé qui, par là-même, nie toute perspective d’avenir

Ainsi s’opère et s’impose un glissement depuis une urbanisation – produit aléatoire, singulier collectif des rapports entre les hommes qui y vivent, donc les transforment – vers une organisation matérielle, sans avenir puisque parfaite, celle des flux et de l’individualisation qui y règne. De la civilisation de la ville, singulière, localisée et en évolution, on passe à une civilisation du mouvement immobile, de la fuite qui standardise et déterritorialise, tout en figeant le temps.

Très schématiquement on voit ici que fondamentalement, l’évolution de la question urbaine exprime, non pas une crise technique et matérielle, mais le choix d’une civilisation.

Et ce choix, seul un peuple est à même et est légitime pour le faire.

En effet, qui d’autre qu’un peuple dans son intégralité et ses contradictions (de classe) peut réponde à Comment l’homme veut il habiter ? et plus largement, que l’homme veut il faire de l’homme ?

Cela me permet d’aborder le troisième point :

QUESTION DE LA GOUVERNANCE
ET DE SES MODALITES D’APPLICATION
Une remarque préliminaire

La gouvernance est de notre point de vue un concept mou qui nous semble dissoudre le modèle de gouvernement au profit d’un pilotage par les normes qui transforme les pouvoirs du politique et les souverainetés vers des normes anonymes : essentiellement à bases économiques, techniques … sources de « modernité généralisées et imitative ».
Les perspectives de patrimonialisation risquant de s’inscrirent dans ce cadre: comme alibi culturel et comme outil de formatage de l’avenir.
Les deux conceptions telles qu’on les a évoqués (de la ville et du développement urbain) qui se superposent actuellement obligent à mêler les plans où mieux interpréter et poser la question urbaine. En effet, si celle-ci s’enracine au plan général (philosophique, éthique, politique…), elle n’en appelle pas moins des réponses… urbaines.

Voilà qui exige que les acteurs des débats dans ce champ spécifique maîtrisent les outils propres à en examiner les données et les enjeux. Or, ces outils ne sont pas disponibles puisqu’ils ne peuvent se construire que dans les contextes qui les exigent. Et la revendication de leur maîtrise n’est pas spontanée.

D’où la nécessité de la construction collective d’un savoir de l’habiter pour une effective participation responsable à la « fabrication » d’une ville !

En conclusion, on peut affirmer que renforcer la bonne gouvernance est donc à chercher dans l’implication populaire (sa souveraineté, la souveraineté des représentations politiques … ) et la construction d’une culture de l’habiter. Un savoir populaire de l’habiter, qui n’est pas spontané, et à construire dans le réel.

Comment ?
Notre expérience, nous permet d’énoncer trois outils, trois leviers pour apprendre à observer, comprendre et transformer le réel :
A Le patrimoine et le mouvement de l’histoire
B Les utopies passées et présentes
C La coopération internationale
… qui ont en commun de mettre tout présent en perspectives, de rendre le familier étranger.

Trois caractères des démarches à construire
Penser en termes de processus alternatifs et non de solutions alternatives, repenser la notion de « projet » urbain (dialectiques des fins et des moyens) et, surtout créer, inventer, construire collectivement et solidairement (recherche action participative)


En conclusion
ce qui est aujourd’hui posé à propos de la ville historique ne peut être dissociée de la perception et de la compréhension qu’on à de « la » crise urbaine, de son accélération et de ses effets culturels (uniformatisation), environnementaux et humains. Ce qui corrélativement, a pour enjeu principal d’obliger à faire des choix
lucides de perspectives de transformations ambitieuses (la qualité pour tous en dépassant l’opposition quantité / qualité, qualité contextualisée par le refus de tout modèle imposé).

La perception à reconnaitre (à construire car le donné est à construire) et à faire connaitre est celle d’une crise civilisationnelle (dans les causes sont aussi à établir) qui impose la restauration de la souveraineté populaire, donc l’importance des institutions publiques qui l’incarnent. Perception qui invite à des évolutions stratégiques et méthodologiques importantes (expérimentations, contextualisation, formation des acteurs …)

Renforcer la maitrise collective des enjeux urbains pour permettre aux villes historiques de continuer à être source d’émancipation collective est individuelle est donc urgent, nécessaire, indispensable si l’on veut que le monde existe tout simplement. Agir sur le monde tel qu’il est, est donc nécessaire, et en ce sens, la question posée aujourd’hui n’est pas tant une question patrimoniale qu’une question de civilisation.


LIHP / Jean-François Parent / / Medellin 05/04/2014

Télécharger la version pdf

Bookmark and Share