Laboratorio internacional por el habitat popular

Intervention de Jean-François Parent aux 4èmes Utopiades "Utopies-Patrimoine" / Ville-Campagne

Utopiades 2014
Parc naturel régional du Vexin Français
Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes
Journée de séminaire et de débats
Utopie Patrimoine
Programmation urbaine et projets métropolitains en Vexin Français
LIHP / Jean François Parent architecte /

Intervention 1 : VILLE - CAMPAGNE
28 Mars 2014

Participer à Utopiades 2014 au Parc naturel régional du Vexin français doit être une occasion d’essayer de mettre en question « l’évidence » du clivage : cité, urbain/ campagne, village. On pourrait essayer de montrer en quoi, ce clivage, cette opposition est artificielle, arbitraire, et en lien direct avec la division du travail.


Pour montrer les effets de cette division du travail sur l’aménagement du territoire on pourrait rappeler le scandale du cheval roumain devenu lasagnes anglaises.
Mais pour y parvenir aujourd’hui, il nous semble que l’expérience paysanne, l’usage de l’espace qu’elle en fait est un point de départ pertinent et révélateur.
Une précision préalable à propos de l’expression: usager de l’espace. L’agriculteur, le paysan n’est pas le seul à faire usage de l’espace mais cet usage a ceci de particulier, d’original, en ce que son habitude de l’usage d’un espace met à vif une articulation qui existe toujours mais jamais autant vécue cruellement et douloureusement : l’articulation de l’espace privé et public. En effet, cette articulation étant réfléchie, consciente, se trouve vécue, de fait, comme une contradiction livrant le paysan à une conscience malheureuse.
Le « bénéfice » de cette expérience « négative » c’est qu’elle permet une mise en question de l’espace et de son évidence afin d’y faire retour pour la contester et la discuter.
L’usage de l’espace par l’usager paysan rend également très vive la nostalgie d’un espace propre (rien à voir avec les considérations écologiques). A force de passer d’un espace à un autre et à beaucoup d’autres, le paysan va souffrir de l’absence d’un espace qui lui soit propre et se vivre de plus en plus comme privé d’un pays natal dont il pourrait se rêver être natif.
C’est le même processus qui va conduire l’usager urbain de l’espace à une utopie (parfois reprise par le monde paysan) ; celle que Georges Perec désigne par l’expression « utopie villageoise ». Une « utopie villageoise » consistant, comme il s’amuse à l’énumérer, en la collection des principaux clichés (l’usure de l’usage) qui inventent ou plutôt rêvent la vie à la Campagne, … une vie rêvée.
Images conventionnelles qu’on ferait mieux de dire conventionnées par une idéologie.
On prend alors conscience du négatif auquel nous force ce que le réel vécu a de négatif. En effet cette utopie n’est qu’un rêve, ce n’est pas le réel, c’est son négatif affirmé comme positif. Ce rêve nous faire croire qu’on peut arriver à bien vivre ce qu’on a du mal à vivre dans la réalité mais … en rêve, en dehors de toute réalité. Cette « utopie villageoise » est la somme d’images d’Epinal d’une ville tranquille à la campagne érigé en modèle positif, c'est-à-dire le négatif d’une réalité difficile à vivre.
Autrement dit la campagne n’est donc que l’idéal hystérique et hystérisé de la ville (C’est la force de l’illusion de faire croire à ce qui n’existe pas).
Pour clore ce court texte on pourrait mettre en perspectives la phrase de K. Marx «… la Ville n’a pas d’avenir …» et cette remarque incidente de G. Perec « je n’ai pas grand-chose à dire à propos de la campagne : la campagne n’existe pas, c’est une illusion ».
La campagne n’existe pas mais on l’a inventé …

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