Texte fondateur / Texto fundador

Laboratorio internacional por el habitat popular

Texte Fondateur

- Strasbourg, France - 22/04/2011 -

Préambule

Durant plusieurs années, différents groupes d’acteurs du champs de l’habitat ont échangé, à partir de leurs expériences et de leurs réflexions, sur cette question. Ce faisant, elles ont constaté, qu’au-delà de leurs situations géographiques, elles rencontraient des obstacles similaires et partageaient les mêmes objectifs. Pour examiner ensemble la possibilité d’actions communes elles ont organisé un séminaire international à Medellin (Colombie), les 10, 11 12 et 13 octobre 2008

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La présente charte est l’expression de la volonté des participants de fonder Le Laboratoire International pour l’Habitat Populaire et Durable. Elle est donc le produit de collaborations et de réflexions menées dans un cadre international par des élus, des habitants, des architectes, des enseignants, des chercheurs… ayant en commun une certaine expérience de l’innovation et la volonté de rechercher les conditions et les moyens de concevoir et de mettre en œuvre un aménagement urbain et une architecture capable de répondre aux besoins de la majorité de la population.

Elle se veut, pour toutes les familles d’acteurs de la chaîne de production de l’habitat populaire, un texte de référence et d’orientation, commun et ouvert, source de partenariats créatifs et de solidarités nouvelles, mobilisateur au service d’une ambition progressiste ouvrant au droit à la ville pour tous dans le respect des acquis culturels de chacune de ses composantes.

La crise de l’habitat Populaire

Alors que dominent et sont valorisés un certain urbanisme et une architecture plus enclins à produire des objets prestigieux  (musées, théâtres, stades, hôtels, bâtiments publics d’exception…) s’approfondit et s’étend la crise de la production de l’habitat populaire : les réalisations ne cessent de prendre du retard sur les besoins et une fraction importante de la population continue à vivre dans des conditions d’habitat indignes.

Cette crise est celle d’une conception et d’un système d’ensemble plus que d’échecs ou de défaillances d’un élément particulier et isolé. Elle est nourrie par la priorité donnée aux moyens techniques disponibles, aux impératifs de délais et de rendements, aux financements qui conduisent à la duplication sans fin de modèles jamais contestés, censés répondre aux besoins d’individus indifférenciés sans volonté d’agir sur leurs cadres de vie. Elle s’accompagne de la disqualification de la production du passé comme objet de réflexion; ce qui masque le fait qu’hier certaines réalisations d’habitat populaire ont concrétisé, dans des conditions qu’il est utile de comprendre, des conceptions riches et ouvertes  de la personne et des relations humaines. Dans le même domaine, les universités, soumises aux mêmes conditions que les autres  acteurs, produisent difficilement l’indispensable réflexion sur les liens entre présent et passé, proche et lointain, familier et inattendu … Enfin, et surtout, presque partout, le désengagement ou l’engagement insuffisant des pouvoirs publics entraîne le déplacement des lieux de pouvoir des institutions politiques aux sociétés de BTP qui, cumulant de fait les fonctions de maître d’œuvre et de maître d’ouvrage, occupent des positions de force.

Certes, des besoins s’expriment et des efforts existent à tous les niveaux, mais les tentatives les plus lucides souffrent de leur isolement, de leur manque de recul et du cadre qui les contraint. Tout semble se poser comme si un ensemble de représentations, de conditions et d’impératifs – incontestables parce que perçus comme fatals – s’imposaient à tous.
Pendant ce temps l’ensemble de la situation se dégrade et les besoins ne cessent de s’amplifier.

Dégager une issue, fonder une entreprise de dynamisation radicalement progressiste de la conception du système de production de l’habitat populaire est un impératif pour tous ceux qui ont à s’investir dans ce champ.

C’est à partir de cette exigence qu’a été fondé le Laboratoire International pour l’Habitat Populaire.

Le Laboratoire International pour l’Habitat Populaire

Il faut d’abord souligner que ce Laboratoire International se caractérise davantage par son ambition, les missions et les fonctions qu’il se donne, son organisation et la dynamique qu’il s’efforce d’animer que par une doctrine définie et générale en matière d’urbanisme et d’habitat, a fortiori par une structure dont le statut serait immédiatement repérable et conforme aux caractéristiques juridiques de chaque pays.

En effet, s’apparentant à un établissement «sans les murs», à un réseau et à un ensemble de réseaux, ne proposant ni modèles, ni solutions pratiques, ni expertises savantes… il se veut un outil rigoureux et cohérent dans sa démarche et dans ses principes d’intervention, ouvert et décentralisé dans la conduite de ses activités du fait de la diversité des contextes et des projets.

Quelle est la mission principale du Laboratoire International pour l'Habitat Populaire ?

Être l'outil d’une démarche de transformation, faciliter la dynamisation radicale du système de production de l’habitat populaire à partir d’une analyse renouvelée et permanente des situations.

Ce qui implique :

Une approche globale des situations pour faire face à une faillite globale : celle de l’ensemble du système de production.

L’impératif d’une rupture conceptuelle à partir de l’élucidation critique de ce qui détermine l’acte de construire ; rupture aidant à prendre le temps du recul et inversement, là où l’implication et l’urgence invitent aux réactions immédiates.

Le primat de la pratique et de l’expérimentation. C’est seulement là où les problèmes sont posés que des solutions peuvent être inventées. La conception même du Laboratoire, les outils qu’il contribuera à élaborer ne progresseront qu’en conjuguant hypothèses, expérimentations, évaluations et théorisations.

Le rôle structurant du politique, le concours engagé et qualifié des acteurs et la mobilisation des citoyens. Indispensables pour que chaque question soit étudiée en intégrant les différents points de vues sous lesquels elle se pose : cela, pour parvenir à une approche globale et pour faire évoluer des rapports de force aujourd’hui déséquilibrés et pour assurer la pérennité des projets conformément aux choix des habitants.

La dimension internationale, qui permet l’élargissement des champs d’expérimentation, une implication ouverte de compétences et de réflexions, l’élargissement et le renouvellement des interrogations du fait de la diversité des contextes et des préoccupations.

Fonctions et organisations du Laboratoire

En tirant les conséquences de ce qui précède il est possible de discerner trois types principaux de missions (fonctions) pour le Laboratoire.

Garant d’une démarche novatrice fondée sur l’expérience,
Promoteur et partenaire d’une dynamique de recherche, il devra porter l’exigence d’expérimentation, condition de toute élaboration alternative.

Instance de résolution des résistances et des contradictions liées au caractère radical de la démarche proposée, à l’exigence de mise en place d’un processus rigoureux de vérification des hypothèses, à la nécessité de l’évaluation, à l’ambition de décloisonner et de croiser des savoirs, s’il lui appartiendra d’identifier, de formaliser et de se consacrer au  dénouement créatif de ces multiples tensions

Source de production de savoirs (outils, concepts, démarches…) et de communication.  Les avancées et les savoirs construits seront à formaliser et à organiser pour être diffusés à tous les acteurs des projets. Non comme des acquis immédiatement transférables, mais comme des outils nés dans des contextes donnés face à des problèmes particuliers : donc à interpréter. Le Laboratoire construira une mémoire accessible et ouverte.

Ces missions appellent la constitution de trois pôles de recherches étroitement et fonctionnellement liés :

Un pôle de recherches / Actions dont l’objectif est la transformation progressive des projets en recherches-actions ce qui constitue le champ à partir duquel tout s’organise. La démarche préconisée est à la fois modeste – elle ne propose pas de modèles ou de solutions pratiques à valider – et ambitieuse car elle vise à construire  un mouvement d’appropriation responsable et partagée où le projet sera à construire progressivement et où les acteurs se formeront à partir des problèmes posés et dans les efforts pour les résoudre. Dans ce type de situations, tous les acteurs seront chercheurs en fonction de leurs statuts et de leurs compétences, avec des responsabilités partagées et une égale considération.

Un pôle de recherches / Théorisation.
A partir de l’expérience acquise sur le terrain, le Laboratoire aura les moyens d’impulser un travail d’approfondissement et de rédaction. Il organisera les allers-retours projets de terrain-laboratoire pour assurer des relations étroites, fonctionnelles et permanentes entre tous les acteurs. Pour cela, les membres du Laboratoire devront maîtriser, individuellement ou collectivement, des compétences ordinairement étanches : par exemple être capables d’agir dans des projets d’urbanisme et de construction et maîtriser les liens entre passé et présent, proche et lointain. Le risque à vaincre étant celui du cloisonnement des pensées et des actions.

Un pôle de recherches / Formation.
En promouvant une dynamique collective et solidaire, le Laboratoire poursuivra un objectif qui participe d’une transformation sociale et culturelle progressiste. Il inscrit ainsi pleinement son acticité dans le champ de l’éducation populaire car elle concerne tous les acteurs et tous les aspects des actions en s’appuyant sur une vision complète de la société et de ses structures. Ce qui implique des relations avec les instituts de formation  (universités, Instituts universitaires, associations par exemple) et avec des structures en mesure de  valider des acquis construits en situations informelles.

Le cas échéant, le Laboratoire pourra s’associer à des projets de développement éducatif et culturels locaux, auxquels il pourrait apporter une dimension spécifique utile.

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